Itinéraire d'une cheminante

Réflexions à la lumière de la spiritualité

Spiritualité : Entre faux semblant et dévotion

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Absorbé par ce monde tumultueux, nous sommes immergés voir inondés par mille et une informations, mille et une innovations, mille et une solutions…

Le présent article a pour but objectif de mettre en lumière un constat alarmant sur notre manière de vivre et de définir la spiritualité. Il appelle à un retour à l’essentiel, à l’élévation et l’éducation intérieure. Il est nécessaire de redonner vie à l’ultime vocation de notre spiritualité. Car la raison d’être de celle-ci, trouve racine dans le message intemporel de l’islam.

Afin d’expliciter notre propos, nous entendons par « l’ultime vocation de notre spiritualité », le cheminement du fidèle. Cette route initiatique va faire du fidèle, un croyant qui rayonne de sa foi, à travers une éthique et un engagement fort, à la lumière du modèle de nôtre bien aimé Prophète ﷺ.

Il est indispensable de sortir de notre paralysie spirituelle et intellectuelle… Prendre le temps de l’analyse et de l’introspection, c’est renouer avec le sens profond de la dévotion, de ce qu’elle implique. Cette prise de distance commence par un constat de notre condition à l’ère de la modernité, pour ensuite appeler à un retour à l’essentiel.

Modernité et crise de sens

Le marché de la modernité est florissant. Les musulmans ( en tant qu’individu appartenant à une même communauté), sont les premiers consommateurs, de celui-ci. Une perte de repère telle qu’elle questionne cet attachement revendiqué, au modèle prophétique. Entre sur-consommation, injustices, perte d’ancrage exacerbée, l’oubli devient insouciance, laissant ainsi place à l’expression des travers de l’égo, ennemi juré de l’Homme. 

« L’homme a été créé pour rechercher l’Absolu et l’Infini. Même quand le Principe Divin, qui est à la fois absolu et infini, est nié, ce désir et cette recherche persistent à l’intérieur de l’âme. Il en résulte que, d’une part, l’homme s’absolutise lui-même ou absolutise sa connaissance du monde sous la forme de la science ; d’autre part, il recherche l’infini dans le monde naturel qui est, par définition, fini. Plutôt que de contempler l’infini dans les miroirs sans fin du monde de la Création qui reflètent les Qualités et Attributs Divins, l’homme se tourne vers le monde matériel pour apaiser sa soif d’infini. Jamais satisfait de ce qu’il obtient sur le plan matériel, il détourne son énergie sans limites vers le monde naturel, ce qui a pour conséquence de convertir l’ordre naturel en un chaos et une laideur que nous pouvons observer si tristement aujourd’hui dans de si grandes parties du globe qui portent l’empreinte de l’avidité de l’homme moderne. La créativité spirituelle est remplacée par le génie de l’invention, qui laisse sur l’environnement les traces de son éternel bricolage avec la nature, et par la production de gadgets qui produisent des déchets et un gaspillage toujours en augmentation, ainsi que la création croissante de terrains vagues qui atteignent le seuil de tolérance de la nature ».(1)

L’effort a laissé place à l’altération fallacieuse du Message de l’islam, au profit des idéologies modernistes.

Pour préciser au lecteur l’essence de ce que l’on entend par effort, nous faisons écho à cette notion d’effort dans la pratique, d’effort dans la voie ascendante qui mène au divin. On la retrouve notamment dans sourate Al Balad : “ Et qui te diras ce qu’est la voie difficile ?” (2)

L’hégémonie socio-économique des partisans du capitalisme exerce une véritable hypnose sur les Hommes, faisant ressortir cet instinct primitif. Un état d’âme connu dans le corpus coranique sous le nom de : An-Nafss Al Ammara bi’su.

Je ne m’innocente cependant pas, car l’âme est très incitatrice au mal, à moins que Mon Seigneur par Miséricorde [ne la préserve du péché] car Dieu est Clément et Miséricordieux.” (3)

La tournure emphatique utilisé dans ce verset pour nous décrire cet état de l’âme qui incite au mal, appuie le fait qu’elle exerce une telle force sur l’individu qu’elle lui fait perdre le contrôle sur lui même, pire encore elle le contraint à commettre ce mal et à s’éloigner du bien.

C’est le propre de l’âme humaine d’inciter au mal et c’est uniquement par la miséricorde de Dieu que le croyant se voit protéger de celle-ci, ainsi il s’élève assurément vers le bien.

Abu Bakr at-Tuhistani :

أعظم حجاب بينك و بين ربك موافقة نفسك

« La plus grande barrière entre vous et votre Seigneur est l’acquiescement aux désirs de votre âme (nafs) ».(4)

De l’introspection à la réforme

Pour se défaire de ce caractère insatiable de l’égo, le croyant entreprend cette introspection intime. Une quête de sens profonde qui lui apprend à se former pour mieux se réformer. 

La notion spirituelle de Jihad An Nafs : Faire effort sur soi, trouve racine à la lumière de ce voyage intérieur, vers la Voie Claire. 

Le Messager ﷺ a dit : “ Je vous ai laissé sur une voie claire, de jour comme de nuit, ne s’en écarte que celui qui est voué à la perdition.”(5)

Une voie claire, ou l’être et l’agir du fidèle sont exclusivement la conséquence de son adoration au Divin et de l’amour porté au Messager ﷺ. 

Telle est l’aspiration de toute âme prétendant cheminer vers Son Créateur. C’est une spiritualité vivante qui invite le croyant au témoignage. On entend ici par témoignage, dans l’intention première : un appel du cœur, un pacte solennel fort de principe résultant de la foi en Dieu. 

Dis : Certes, ma prière, mes actes de dévotion, ma vie, ma mort appartiennent à Allah, Seigneur des mondes.(6)

La spiritualité à l’épreuve du « Moi »

De nos jours, la spiritualité est devenue un sujet de dispute et de dissertation. Un mot fourre-tout qui laisserait penser que quiconque en parlerait, serait doté d’un ancrage, d’une conviction profonde et d’une spiritualité vécue sincèrement. 

Une conscience telle qu’elle transparaîtrait dans l’être et dans l’agir de l’Homme. 

En se référant aux réalités mondaines on constate que l’appel du cœur est devenu apparat, une étiquette d’auto-légitimation de soi-même, sous les projecteurs du culte du Moi. 

Ainsi, il suffirait d’en parler, de mettre en avant cette étiquette à travers les différents outils de communication modernes, pour prétendre détenir l’exclusivité de celle-ci et de s’imprégner de son essence. 

Il y a un réel oxymore dans le fait de revendiquer sa pseudo authenticité, affirmer sa différence, par soucis de conformisme. Tout le monde clame être différent de l’autre, tant et si bien qu’au final chacun fait comme l’autre.

Comme le souligne Abdessalam Yassine, dans La Révolution à l’heure de l’islam : “ La sphère matérielle, dans laquelle nous sommes immergés, lève un lourd tribut sur notre capacité de voir plus loin que notre nez.” 

Précisions ici que la raison d’être absolu du fidèle est Dieu.

Dans ce labyrinthe de la quête intérieure, au monde de la démesure, le caractère insatiable de cette bête que représente l’égo, est en constante mutation.

La sagesse de notre bien aimé Messager ﷺ , prend tout son sens et rappelle le croyant au goût (dhawq) de la foi :

“ La foi n’est pas une vague parure c’est ce qui est ancrée dans le cœur et confirmé par les actes .” 

Comment le fidèle tourmenté par la maladie de ce siècle peut faire revivre en lui, cette spiritualité de l’ancrage ? 

Retour à l’essentiel

Il est plus qu’essentiel de prendre conscience de nos réalités, d’être clairvoyant vis à vis de notre état intérieur. Prendre le temps de l’ihtiqaf pour raviver la lumière de al imân en nous. Pour ce faire il nous faut réapprendre, la spiritualité en la vivant, en méditant et surtout en s’imprégnant des sagesses et enseignements du Prophète ﷺ. 

Revenir au modèle du Prophète c’est méditer son exemplarité. C’est cette étape cruciale de préparation de la terre pour qu’elle puisse recevoir la semence.

C’est se décoloniser de tout ce formatage intérieur, se défaire de cet état d’insouciance pour affranchir son âme de ces travers. 

Sans ces jalons on ne saurait saisir les dimensions profondes de notre lien au divin. Il n’y a pas de spiritualité sans être et sans présence du cœur. 

S’engager dans cette voie, c’est créer en soi, une prédisposition sociale et psychologique au cheminement vers Dieu, pour laisser jaillir la lumière de la foi.

C’est en entreprenant cette réforme intérieure, que l’on s’attire les grâces de Dieu. Il y a une relation de cause à effet existante entre nos actes et la réaction du Divin, qu’il est important de mettre en évidence : 

“ L’homme ne reçoit que ce qu’il s’efforce d’obtenir, et cet effort l’amène tôt ou tard à ce qu’il recherche intérieurement…Lorsque les hommes changent ce qui se trouve en eux mêmes, Dieu change leur situation conformément à ce verset : En vérité, Dieu ne modifie point l’état d’un peuple, tant que [les individus qui le composent] ne modifient pas ce qui est en eux-mêmes. « (7)

Notre intériorité ne saurait transcender sans opérer en nous même, une transformation. Loin du voilement obscure qu’exerce le « Moi » sur nous, une quête de sens qui a pour destination, une paix en Dieu, une âme apaisée : An-Nafs Al Mutma’ina.

C’est ce degré, céleste et ultime de l’âme, tel qu’il est mentionné dans sourate Al Fajr :

« Ô toi, âme apaisée, retourne vers ton Seigneur, satisfaite et agréée; entre donc parmi Mes serviteurs, et entre dans Mon Paradis. »

Puisse Dieu dans Son infini Miséricorde nous permettre d’y arriver ! Qu’Il nous accompagne à la réforme et qu’Il nous accorde une bonne compréhension de notre religion.

Fraternellement,

Ihsane Mahassine

Notes :

(1) Seyyed Hossein Nasr, La religion et l’ordre de la nature, éd. Entrelacs, 2004, pp. 396-397

(2) Coran, sourate al Balad / la Cité , verset 12

(3) Coran, sourate Youssouf , verset 53

(4) Al-Sha`rani, Anwar al-Qudsiyya fi Ma`rifat Qawa`id al-Sufiyya, p.42.

(5) Hadith authentique rapporté par l’imam Ahmed et Ibn Majah selon Al-‘Irbad Ibn Sariya

(6) Coran, sourate al An’am, verset 162

(7) Abû Hamid Al Ghazali, Ihya Ulum Ad Din – VII p.104 [ Référence à la sourate Al Ra’ad, verset 11]

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